Le Bangladesh est un pays à majorité musulmane avec une importante diversité religieuse. L’islam représente 91 % de la population, suivi de l’hindouisme à 7,95 %, tandis que le bouddhisme, le christianisme et d’autres croyances constituent les 1,05 % restants. Cette composition reflète une histoire complexe de migrations, de tensions géopolitiques et d’une volonté constitutionnelle d’équilibre entre identité musulmane et pluralité religieuse.
Nous vous proposons ici un tour d’horizon complet de la vie religieuse bangladaise :
- Composition démographique et statistiques fiables de chaque communauté
- Rôle institutionnel de l’islam en tant que religion d’État
- Droits constitutionnels et libertés religieuses garantis par la loi
- Histoire des changements religieux depuis 1901 jusqu’aujourd’hui
- Fêtes, traditions et coexistence interfaith dans la vie quotidienne
overview of religion in Bangladesh
Le Bangladesh compte environ 169 millions d’habitants (chiffre 2022) et se classe parmi les trois plus grands pays musulmans du monde par population. La religion structure profondément la vie sociale, culturelle et politique du pays. Elle influence les calendriers, les jours fériés nationaux, les lois personnelles et les identités communautaires.
Depuis son indépendance en 1971, le Bangladesh a cherché à définir une identité nationale capable de concilier une majorité musulmane écrasante avec le respect des minorités religieuses. La Constitution de 1972, révisée en 2011, établit l’islam comme religion d’État tout en affirmant les principes de laïcité et de liberté de culte. Cette tension apparente entre affirmation religieuse et principes laïques caractérise le positionnement unique du Bangladesh dans le paysage religieux mondial.
Le pays accueille aussi depuis 2017 environ 900 000 réfugiés rohingyas musulmans fuyant la persécution au Myanmar, ce qui renforce encore la prédominance musulmane. Cette présence massive pose des enjeux humanitaires et d’intégration importants.
religious demographics and population breakdown
Répartition actuelle par religion (2022)
| Religion | Pourcentage | Population estimée |
|---|---|---|
| Islam | 91,0 % | 15,4 millions |
| Hindouisme | 7,95 % | 1,35 millions |
| Bouddhisme | 0,61 % | 103 000 |
| Christianisme | 0,30 % | 51 000 |
| Autres religions | 0,12 % | 20 000 |
Ces chiffres proviennent des données du dernier recensement bangladais et d’organisations internationales de suivi des libertés religieuses comme l’USCIRF (US Commission on International Religious Freedom).
Composition interne de la communauté musulmane
L’islam bangladais est très largement sunnite, avec une structure interne diversifiée :
- Sunnites : 96 % des musulmans bangladais, soit environ 14,8 millions de personnes
- Chiites : 3 % des musulmans, environ 460 000 personnes
- Ahmadis : 1 % des musulmans, environ 150 000 personnes
Les musulmans sunnites du Bangladesh appartiennent à plusieurs écoles juridiques (madhabs), principalement la Hanafi et la Shafi’i. L’islam bangladais reflète une longue histoire de syncrétisme avec les traditions locales, le soufisme ayant joué un rôle important dans l’islamisation de la région depuis le 12e siècle.
Hindous dans le pays
Les hindous bangladais constituent la deuxième communauté religieuse significative. Ils se répartissent géographiquement de manière inégale : plus concentrés dans les districts du sud-ouest (Khulna, Barisal) et du nord-est (Sylhet, Mymensingh), ainsi que dans certains quartiers de Dhaka.
La communauté hindoue est composée principalement de Bengalis hindous, mais aussi de peuples autochtones (Adivasis) dont certains groupes pratiquent une forme d’hindouisme syncrétique. Les hindous bangladais maintiennent des liens familiaux et culturels forts avec la Inde, particulièrement depuis l’indépendance de 1971.
islam as the state religion
Statut constitutionnel et cadre légal
L’article 2 de la Constitution du Bangladesh dispose que « l’Islam sera la religion d’État de la République ». Cette disposition, insérée en 1988 sous le régime du général Ershad, a été confirmée lors de la révision constitutionnelle de 2011. Parallèlement, l’article 12 affirme le principe de la laïcité (secularism) en tant que fondement de l’État.
Cette formulation apparemment paradoxale révèle la volonté des constituants de maintenir l’islam comme marqueur identitaire national sans créer une théocratie. Le Bangladesh n’est ni un État purement laïque à la manière française, ni une République islamique de type iranien.
Implication de ce statut
Le statut de religion d’État implique plusieurs conséquences concrètes :
- Jours fériés publics : l’Aïd el-Fitr et l’Aïd el-Adha sont des congés nationaux obligatoires
- Droit personnel : les mariages, divorces et successions des musulmans sont régis par la loi islamique (Sharia), administrée par des tribunaux spécialisés
- Enseignement religieux : l’islam est enseigné dans les écoles publiques ; les établissements madrasas (écoles coraniques) bénéficient d’un soutien gouvernemental
- Financement public : le gouvernement subventionne la construction et l’entretien de mosquées
- Symboles nationaux : certains symboles d’État incorporent des références islamiques
Pratique de la foi musulmane
La majorité des musulmans bangladais pratiquent l’islam de manière régulière. Les cinq prières quotidiennes sont observées par une large proportion de la population. Le ramadan est un moment de grande observance : les commerces ferment ou réduisent leurs horaires, les restaurants fermés pendant le jour, et l’atmosphère sociale s’en trouve transformée.
Le pèlerinage à La Mecque (Hajj) occupe une place importante dans la vie religieuse. Chaque année, environ 70 000 à 100 000 Bangladais font le pèlerinage, générant un sentiment d’unité nationale autour de cette obligation islamique.
constitutional rights and freedom of religion
Garanties légales de la liberté religieuse
La Constitution du Bangladesh, malgré l’affirmation du statut de l’islam, contient des dispositions explicites protégeant la liberté religieuse. L’article 39 stipule que :
« Sous réserve des exigences de l’ordre public, de la moralité publique et des autres dispositions de la Constitution, chacun a le droit à la liberté de conscience et le droit de confesser, de pratiquer et de propager la religion. »
Cette formulation ouvre l’espace à une pluralité de pratiques religieuses, y compris des droits de prosélytisme. Le prosélytisme vers l’islam est largement accepté et encouragé par l’État. Celui vers d’autres religions, notamment le christianisme, demeure plus controversé mais reste légalement autorisé.
Protections spécifiques pour les minorités
L’article 27 de la Constitution garantit l’égalité de tous les citoyens devant la loi, indépendamment de leur religion. L’article 28 interdit la discrimination fondée sur la religion. Ces dispositions constituent un rempart légal contre la persécution institutionnelle.
Les minorités religieuses jouissent légalement du droit à :
- Pratiquer leur culte dans des lieux de rassemblement autorisés
- Éduquer leurs enfants dans leurs traditions religieuses
- Célébrer leurs fêtes religieuses sans ingérence gouvernementale
- Organiser des associations à caractère religieux
- Gérer leurs propriétés religieuses (temples, églises, monastères) par l’intermédiaire de fondations ou de trusts
Réalités pratiques et écarts
Le cadre légal, bien que progressiste sur le papier, rencontre souvent une application inégale. Les organisations de défense des droits de l’homme documentent régulièrement des cas de :
- Discriminations lors de l’embauche envers les hindous et les chrétiens
- Restrictions informelles sur la construction ou l’agrandissement de lieux de culte minoritaires
- Incidents de tensions locales lors de fêtes religieuses hindoues
- Pressions sociales envers les convertis à d’autres religions
La Commission indépendante de la Commission des droits de l’homme du Bangladesh (BHRC), créée en 2009, reçoit régulièrement des plaintes relatives à des violations des libertés religieuses, bien que sa capacité d’action reste limitée.
hinduism in bangladesh
Importance historique et démographique
L’hindouisme est la deuxième religion en importance au Bangladesh, avec environ 13,5 millions de fidèles (estimation haute incluant les statistiques historiques de certaines organisations hindoues). Le Bangladesh figure parmi les cinq pays possédant la plus grande population hindoue absolue, après l’Inde, l’Indonésie, le Pakistan et le Népal.
L’hindouisme fait partie du tissu civilisationnel du Bangladesh depuis au moins deux millénaires. Avant la partition de 1947, la région était bien moins musulmane : en 1941, les hindous représentaient 28 % de la population du territoire actuel du Bangladesh.
Distribution géographique
Les hindous ne sont pas répartis uniformément dans le pays. Leurs concentrations principales se trouvent dans :
- Khulna et Barisal (sud-ouest) : régions historiques de forte présence hindoue
- Sylhet et Mymensingh (nord-est) : zones où vivent des peuples autochtones partiellement hindous
- Dhaka et ses environs : où vivent de nombreux hindous migrants des zones rurales
- Chittagong : ville portuaire avec une présence hindoue visible
Certains districts du centre et du nord possèdent une présence hindoue très réduite (< 2 % de la population locale).
Composition communautaire
La communauté hindoue bangladaise est composée de plusieurs groupes :
- Bengalis hindous : la majorité, partageant la langue bengali avec l’ensemble du pays, intégrés depuis des siècles aux structures sociales locales
- Peuples autochtones (Adivasis) : communautés dans les régions de collines et de forêts (Chittagong Hill Tracts), pratiquant une forme d’hindouisme syncrétique mêlée à des croyances animistes
- Migrants internes : hindous venus du Bihar et d’Uttar Pradesh en Inde, toujours peu nombreux
Pratiques et fêtes hindoues majeures
Les hindous bangladais célèbrent un calendrier festif riche et coloré, souvent observé publiquement :
| Fête | Mois | Signification | Célébration |
|---|---|---|---|
| Saraswati Puja | Janvier-février | Déesse de la connaissance | Écoles, universités, intellectuels |
| Holi / Dol Yatra | Février-mars | Victoire du bien, arrivée du printemps | Projections de couleurs, feux de joie |
| Durga Puja | Septembre-octobre | Victoire de Durga sur les démons | Pandals (structures temporaires), offrandes |
| Lakshmi Puja | Octobre-novembre | Déesse de la prospérité | Foyers, commerces, rites de lumière |
| Kali Puja | Octobre-novembre | Déesse Kali, protection | Rituels nocturnes, sacrifices d’animaux |
| Rath Yatra | Juin-juillet | Procession du char de Krishna | Processions publiques, chants |
| Janmashtami | Août-septembre | Naissance de Krishna | Jeûnes, dévotions, festins |
| Diwali | Octobre-novembre | Festival des lumières | Illuminations, échanges de cadeaux |
La Durga Puja reste la fête hindoue la plus spectaculaire et la plus publiquement visible au Bangladesh. Pendant environ dix jours en septembre-octobre, des pandals (structures rituelles temporaires décorées) sont érigés dans les quartiers hindous de Dhaka, Chittagong et Sylhet. Ces pandals attirent hindous et musulmans, transformant la fête en événement culturel multicommunautaire.
Temples et lieux de culte
Le Bangladesh compte plusieurs milliers de temples (mandirs), dont certains sont très anciens et architecturalement significatifs :
- Dhakeshwari Temple, Dhaka : temple historique dédié à la déesse Dhakeshwari, considéré comme protecteur de la capitale
- Kali Temple, Dhaka : temple ancien et très fréquenté
- Banasree Nababibaha Temple, Dhaka : temple moderne construit en 1983
- Temples du Chittagong Hill Tracts : sanctuaires dans les régions montagneuses
Après les tensions religieuses de 2012-2013 (provoquées par des accusations de blasphème contre des figures islamiques), plusieurs temples hindous ont été endommagés ou incendiés. La reconstruction et la restauration ont constitué un enjeu symbolique de coexistence.
Droits des hindous et enjeux
Les hindous jouissent légalement des mêmes droits que les autres minorités religieuses, y compris le droit de célébrer publiquement leurs fêtes. Plusieurs jours fériés (Durga Puja, par exemple, bien que non férié national) bénéficient d’une reconnaissance officieuse.
Les enjeux spécifiques affectant les hindous incluent :
- Conversions inversées : quelques cas de jeunes hindous convertis à l’islam sous pression sociale
- Mariages intercommunautaires : les unions hindou-musulmane demeurent socalement délicates, bien que légales
- Propriétés religieuses : certains litiges fonciers impliquent d’anciennes propriétés hindoues, notamment depuis 1971
- Représentation politique : les hindous sont peu représentés aux niveaux hauts de gouvernance
Malgré ces défis, la communauté hindoue maintient une vie culturelle dynamique et contribue significativement à l’économie, aux arts et aux lettres du Bangladesh.
buddhism, christianity, and other minorities
Bouddhisme au Bangladesh
Le bouddhisme constitue une minorité religieuse très réduite, représentant environ 0,61 % de la population (environ 103 000 personnes selon les chiffres de 2022). Contrairement à la présence historique importante du bouddhisme en Asie du Sud, le Bangladesh moderne est très largement post-bouddhiste au niveau majoritaire.
Le bouddhisme persiste surtout parmi les peuples autochtones du Chittagong Hill Tracts (Tripuras, Marmas, Chakmas), où il coexiste avec l’hindouisme et l’animisme. Les monastères bouddhistes (viharas) de cette région accueillent des moines pratiquant le Theravada bouddhisme, la forme la plus ancienne.
Vihara Raj Chakma, à Rangamati, est le principal sanctuaire bouddhiste. Des festivals bouddhistes comme le Bodhipurnima (anniversaire de Bouddha) attirent des fidèles au-delà de la seule communauté native.
Christianisme au Bangladesh
Le christianisme ne regroupe que 0,30 % de la population (environ 51 000 chrétiens en 2022). Cette minorité se compose principalement de :
- Catholiques romains : environ 45 % des chrétiens, avec une présence notable à Dhaka et Chittagong
- Protestants : diverses dénominations (Baptistes, Méthodistes, Adventistes), importants dans le travail social et éducatif
- Églises orthodoxes et indépendantes : présences plus réduites
Les chrétiens bangladais sont souvent impliqués dans l’enseignement, la santé et les services sociaux. Plusieurs écoles et hôpitaux chrétiens jouent un rôle important dans la vie publique, malgré la petitesse de la communauté.
Les chrétiens jouissent théoriquement de pleine liberté religieuse. En pratique, le prosélytisme chrétien fait parfois l’objet de suspicion ou d’opposition locale, particulièrement en zone rurale. Des cas isolés de conversion se déroulant sous pression sociale ont été signalés.
Autres religions et groupes minoritaires
Au-delà des grandes religions, le Bangladesh abrite plusieurs petits groupes religieux :
- Bahaïs : petit groupe (estimé à quelques milliers) pratiquant le Bahaïsme
- Sikhs : quelques centaines, principalement à Dhaka, avec un gurdwara (temple sikh)
- Jaïns : très peu nombreux, héritage historique de l’époque pré-islamique
- Juifs : présence résiduelle historique à Dhaka (synagogue de Shalom) ; communauté estimée à moins de 100 personnes
- Zoroastriens : présence minuscule, héritage commercial de l’époque médiévale
- Animistes : parmi certains peuples autochtones des zones reculées
- Brahmos : réformateurs hindous pratiquant une forme monothéiste et modernisée de l’hindouisme, importants historiquement au 19e siècle, très peu nombreux aujourd’hui
Ces groupes, bien que numériquement marginaux, témoignent de la diversité religieuse accumulée du Bangladesh au fil de siècles de commerce, de migration et d’échanges culturels.
history of religious change in bangladesh
Évolution démographique depuis 1901
L’histoire religieuse du Bangladesh se caractérise par un déplacement majeur : la montée de la proportion musulmane et le déclin relatif de la présence hindoue.
| Année du recensement | Musulmans | Hindous | Autres | Contexte |
|---|---|---|---|---|
| 1901 | 66,1 % | 32,3 % | 1,6 % | Période coloniale britannique |
| 1911 | 67,8 % | 31,0 % | 1,2 % | Croissance musulmane régulière |
| 1941 | 70,3 % | 28,0 % | 1,7 % | Pré-partition, présence hindoue encore significative |
| 1951 | 77,5 % | 21,6 % | 0,9 % | Post-partition : déplacements massifs |
| 1974 | 85,4 % | 13,5 % | 1,2 % | Stabilisation post-indépendance |
| 1991 | 88,3 % | 10,7 % | 0,9 % | Stabilisation continue |
| 2001 | 89,7 % | 9,2 % | 1,1 % | Tendance confirmée |
| 2011 | 90,4 % | 8,5 % | 1,1 % | Proportions proches d’aujourd’hui |
| 2022 | 91,0 % | 7,95 % | 1,05 % | Données actuelles |
Cette table révèle un mouvement démographique de plus d’un siècle, non stochastique mais structuré par des événements géopolitiques majeurs.
Facteurs de changement religieux
Plusieurs forces expliquent ce déplacement :
1. Partition de 1947 et migration
La partition de l’Inde britannique en deux États, l’Inde (majorité hindoue) et le Pakistan (majoritaire musulman), a provoqué l’un des plus grands exodes de l’histoire moderne. Le Bengale, divisé entre l’Inde (Bengale-Occidental hindou-majoritaire) et le Pakistan (Bengale-Oriental musulman-majoritaire), a connu des déplacements massifs.
Environ 5 millions d’hindous originaires du Bengale-Oriental ont fui vers l’Inde entre 1945 et 1952. Beaucoup craignaient les violences intercommunautaires qui avaient éclaté en 1946-1947. En contrepartie, environ 3,5 millions de musulmans ont migré des États indiens vers le Pakistan-Oriental.
Le bilan net : un appauvrissement démographique de la communauté hindoue.
2. Guerre de libération du Bangladesh (1971)
Lors du conflit de 1971 qui a abouti à l’indépendance du Bangladesh du Pakistan-Occidental, environ 1 à 3 millions de personnes ont péri (estimations divergentes). Les hindous ont été disproportionnément affectés par les massacres systématiques et les viols de guerre.
Environ 200 000 à 400 000 hindous ont fui vers l’Inde pendant la guerre et n’y sont jamais revenus. Cette hémorragie a approfondi le déclin relatif de la communauté hindoue.
3. Facteurs démographiques naturels
Au-delà des migrations, certains analystes ont relevé des différences de taux de natalité entre musulmans et hindous. Les statistiques ne sont pas précises, mais les familles musulmanes tendent historiquement à être légèrement plus grandes que les familles hindoues, contribuant à l’élargissement du ratio musulman.
4. Conversions religieuses
Bien que statistiquement difficiles à documenter, certaines conversions d’hindous vers l’islam ont eu lieu, particulièrement dans les zones rurales, motivées par des raisons économiques, sociales ou conjugales. De manière inverse, les conversions au hindouisme ou au bouddhisme depuis l’islam sont extrêmement rares.
5. Accueil des réfugiés rohingyas
Depuis 2017, le Bangladesh accueille environ 900 000 réfugiés rohingyas, tous musulmans, en provenance du Myanmar. Bien que techniquement classés comme réfugiés et non citoyens, leur présence renforce statistiquement la proportion musulmane dans les calculs démographiques globaux.
Évolution des structures institutionnelles
Au-delà de la démographie, la configuration institutionnelle de la religion a aussi évolué :
- 1972 : Constitution initiale établissant un État laïque
- 1977 : Première révision introduisant les références à l’islam
- 1988 : Changement majeur : l’islam devient « religion d’État »
- 2011 : Révision réaffirmant l’islam comme religion d’État, mais réintroduisant la laïcité comme principe
Ces modifications reflètent des débats internes sur l’identité du Bangladesh et le rôle de la religion dans sa définition.
religious festivals and cultural life
Calendrier festif national
La vie religieuse au Bangladesh structure l’année civile autour de deux calendriers superposés : le calendrier grégorien (administratif) et le calendrier islamique lunaire (religieux et culturel).
Fêtes musulmanes majeures
Eid al-Fitr (Mujib Bangla) et Eid al-Adha (Kurban Eid)
Ces deux Eids constituent les deux plus grandes fêtes religieuses du Bangladesh. Eid al-Fitr, marquant la fin du Ramadan, a lieu environ 30 jours après le début du jeûne lunaire. Eid al-Adha intervient environ 70 jours plus tard, commémorant le sacrifice d’Ibrahim (Abraham). Dates variables selon le calendrier lunaire :
- Eid al-Fitr 2023 : 21 avril
- Eid al-Adha 2023 : 29 juin
- Eid al-Fitr 2024 : 10 avril
- Eid al-Adha 2024 : 16 juin
Pendant ces fêtes, le pays s’arrête pratiquement : fermeture des commerces, congés publics obligatoires (3-4 jours selon l’année), retours massifs vers les villages d’origine pour les réunions familiales. Des millions de bangladais rentrent à pied, à vélo ou en transports publics surcharge, créant une période d’exode et de congestion routière spectaculaire.
Des prières publiques rassemblent des millions de fidèles dans des espaces ouverts (champs, places) à travers le pays. À Dhaka, la prière d’Eid à la Mosquée Nationale Baitul Mukarram et dans les espaces proches peut accueillir plusieurs centaines de milliers de personnes.
Ramadan
Le mois du Ramadan (9e mois du calendrier islamique) est l’objet d’une observance très stricte. Durant 29 ou 30 jours, les musulmans jeûnent du lever au coucher du soleil. En 2024, le Ramadan s’est déroulé du 11 mars au 9 avril, période où les journées étaient d’environ 12 heures.
L’impact social est massif :
- Les restaurants ferment pendant le jour ; les bars à jus et les vendeurs de petits-déjeuners pour le soir (iftar) prolifèrent
- Les heures de travail sont souvent réduites
- L’atmosphère devient plus pieuse : augmentation des prières, des lectures du Coran, des actes charitables
- Les dépenses alimentaires s’intensifient vers le soir (repas d’iftar très élaborés)
- Les tensions sociales et la criminalité tendent statistiquement à augmenter en fin de journée (fatigue, abstinence)
Muharram et Ashura
Muharram, le 1er mois de l’année islamique, est marqué par des observances commémoratives, notamment Ashura (le 10 Muharram), rappelant la mort de l’Imam Hussein à Kerbela en 680 de l’ère commune.
Chez les chiites bangladais (minorité), Ashura donne lieu à des processions rituelles à Dhaka et dans d’autres villes, caractérisées par :
- Récitations de poésie d’éloge funèbre (marsiya)
- Processions (juloos) souvent nocturnes
- Frappements rituels du poitrine (matam)
- Jeux et représentations théâtrales (tazias)
Ces processions sont généralement bien tolérées, bien que certaines années aient connu des tensions avec des groupes fondamentalistes sunnites considérant ces rites comme non-orthodoxes.
Mawlid (Anniversaire du Prophète Muhammad)
Célébré au 3e mois du calendrier islamique (Rabi al-Awwal), le Mawlid marque la naissance du Prophète Muhammad. Au Bangladesh, cette fête donne lieu à :
- Des rassemblements religieux dans les mosquées
- Des lectures du Coran
- Des chants religieux (nasheed)
- Des distributions alimentaires communautaires (langar)
Cette fête est plus sobrement observée que les Eids, mais reste une occasion importante de réaffirmation de l’identité musulmane.
Shab-e-Barat et Chand Raat
Shab-e-Barat (15e nuit de Sha’ban) est une nuit de méditation et de prière, où les fidèles se rassemblent pour des vigiles nocturnes. Chand Raat (dernière nuit du mois de Ramadan, avant la nouvelle lune de l’Eid) est marquée par des fêtes publiques, notamment des bazars nocturnes débordants d’achats de vêtements et de parures pour la fête.
Bishwa Ijtema : le plus grand rassemblement musulman du Bangladesh
Le Bishwa Ijtema (assemblée mondiale) est un rassemblement annuel de musulmans, particulièrement de la communauté Tablighi Jamaat, organisé à Tongi (environ 30 km au nord de Dhaka).
Caractéristiques du Bishwa Ijtema :
- Fréquence : annuel, généralement 3-4 jours, tenu en janvier-février
- Participation : entre 500 000 et 5 millions de fidèles les meilleures années, ce qui en ferait le second ou troisième plus grand rassemblement religieux au monde, après le Hajj à La Mecque et la Kumbh Mela en Inde
- Origine : initiée par le Tablighi Jamaat dans les années 1980-90, devenue institution nationale
- Objectif : enseignement de l’islam, prière communautaire, réislamisation et rappel de l’engagement religieux
- Infrastructure : champs vastement aménagés pour accueillir les campements, espaces de prière, cuisines collectives, systèmes d’eau et sanitaires
Le Bishwa Ijtema est un spectacle organisationnel remarquable : des centaines de milliers d’hommes et de femmes dorment à ciel ouvert, partagent des repas communs, récitent ensemble les prières. L’événement attire aussi des musulmans d’autres pays (Inde, Pakistan, Asie du Sud-Est), le rendant véritablement « mondial ».
Fêtes hindoues et vie publique
Durga Puja reste la plus grande manifestation hindoue publiquement visible. À Dhaka, en septembre-octobre, le quartier historique d’Ahsan Manzil et les rues environnantes se remplissent de pandals ornés de manière toujours plus spectaculaire. Des thèmes mythologiques, historiques ou sociopolitiques sont illustrés à travers des constructions architecturales temporaires.
La fête dure officiellement 10 jours (Navratri) et s’achève par le Dussehra (victoire du bien sur le mal). Pendant cette période, hindous et musulmans se côtoient, visitent ensemble les pandals, mangent des pâtisseries spéciales (khichudi) et participent à une atmosphère festive générale.
Les autres fêtes hindoues, bien que moins visibles publiquement, structurent le calendrier communautaire hindou : Saraswati Puja au printemps, Holi (fête des couleurs) marquée par des jeux et des projections de couleur, Lakshmi Puja en automne.
Bouddhisme et festivals des peuples autochtones
Le Bodhipurnima (anniversaire de Bouddha), célébré en avril-mai, donne lieu à des rassemblements aux viharas du Chittagong Hill Tracts. Les moines conduisent des processions rituelles (circumambulations), tandis que les fidèles offrent des fleurs et des bougies.
Au-delà de ce festival, les
